Texte


L’espace semble être soumis à un processus de distorsion qui fait surgir d’une rue, d’un pont ou d’un arbre un nuage ou un avion, avant de se redéployer sous nos yeux, réinventé et restructuré par un coup de crayon souple et épais, sur des surfaces hétéroclites et protéiformes. Les lignes dessinent des effets optiques, décalent, redimensionnent, modifient la perspective, recons – truisent un monde aux dimensions insolites, soutenu par une architecture onirique qui se libère des limites et du moule de la réalité. Les œuvres d’Andrea Ho Posani nous racontent un univers fait de rencontres imprévues, d’échanges féconds, d’utopies novatrices qui repensent les espaces urbains et naturels comme autant de terrains de jeu de l’imagination qui vient taquiner le volume ou l’échelle.
Andrea Ho Posani cherche à conce- voir un espace artistique qui abolit les fron- tières, les limitations, les déterminismes, les hiérarchies : un art qui rapproche, un art qui exalte, un art qui guérit. Un art qui nous montre que le dessin peut tout et partout. Un art qui nous invite à prendre le crayon et le relais. Les lignes qui structurent ses créations se poursui- vent au-delà de l’objet pour tisser des liens avec celles et ceux qui veulent bien en tirer le fil, du musée à la rue, du parc à la maison, de la toile de Jouy à l’écran d’ordinateur, de l’école à l’hôpital. La richesse de son univers n’a d’égal que celle de son public varié qui se découvre une âme créative lors des interventions de l’artiste dans l’espace social. Architecte de formation, passionnée d’arts plastiques et de design, Andrea Ho Posani est une touche-à-tout qui se meut dans l’espace comme elle change de rôle : elle a peint des décors de cinéma, des maisons, des plages, elle a dessiné à l’air libre, en se promenant d’une ville à l’autre, en atelier ou pour tatouer son trait sur les corps, elle a créé seule, en équipe ou en faisant participer le public. Son art habite l’espace et l’espace habite son art. Un espace en création qui à la fois s’adapte à son regard et pose les conditions de la réalisation. Un art en prise directe avec le contexte dans lequel il s’exprime et surgit. Un art de la relation, de l’interaction, qui s’ouvre aux spectateurs, invités parfois à en devenir les acteurs.
Posani propose de regarder le monde autrement mais surtout de nous regarder dans ce monde qui nous entoure d’une nouvelle façon : nous en sommes toutes et tous les architectes et c’est à nous, à l’instar de l’artiste, de le façonner.

Lise Segas
écrivaine